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La Danaé C'est une frégate de 2ème classe construite par les chantiers de Saint-Servant (56) à partir du 27 septembre 1827, et lancée le 23 mai 1838. Elle fut en service du 1er novembre 1839 au 18 janvier 1878, date à laquelle elle est « rayée », avant sa démolition en 1879.
C’était un voilier dont la coque était en bois, avec à l’origine des dimensions de 52m 80 x 13m40 x 7m62, jaugeant 2438 tonneaux. Par la suite, ses dimensions furent de 60m x 13m88 x 6m62. Elle était armée en 1858 de 38 canons, dont le nombre fut réduit à 36, puis à 4 dans sa version transport.
En juin 1838, la Danaé est remorquée à Brest par le Tonnerre. Par la suite, elle fait campagne en Amériques et aux Marquises en 1843. Le 2 novembre 1846, elle appareille de Brest pour Tahiti. À partir de mai 1856, les machines sont commandées, et débutent les travaux de transformation en frégate mixte par ajout d’une hélice, et d’une machine Schneider de 200 chevaux. Le 15 novembre 1851, elle se trouve en rade du Gabon, puis, le 9 mai 1863, elle arrive à Reykjavik en Islande, en provenance de Cherbourg, pour la station d’Islande jusqu’en 1864. En 1868, elle est désarmée en grande partie, et transformée en navire de transport.
Le navire est parti le 5 mai 1872 pour arriver le 29 septembre 1872 à Nouméa.
C’est le 19e convoi de condamnés
C’est le 1er convoi de déportés de la commune vers Nouméa.
Cela faisait déjà plusieurs années que la Danaé effectuait le transport des forçats vers les bagnes de la Guyane. Dans ce but, elle avait été rehaussée d'une batterie et dotée de quatre cages rectangulaires de 20 à 30 mètres de long sur 3m50 de large. Avec des barreaux de 1m 90 de hauteur, ces cages pouvaient contenir de 60 à 80 condamnés. Affectée au transport du 1er convoi de déportés de la Commune vers la Nouvelle-Calédonie, la Danaé se trouve dès le 10 avril 1872 au mouillage dans la rade des Trousses, face à l'île d'Aix, sous les ordres du capitaine de frégate Riou de Kerprigent.
L'équipage est composé de 217 officiers et hommes d'équipage, à savoir 1 capitaine de frégate, 1 lieutenant de vaisseau, 4 enseignes de vaisseau, 1 commissaire (officier d'administration), le chirurgien-major Chauvin, 1 chirurgien, 1 premier-maître mécanicien, 1 premier maître de manœuvre et 1 capitaine d'armes (ce dernier, surnommé le Bidaine par les marins, est chargé de la discipline à bord). Pour la maistrance et l'équipage, on compte 11 seconds-maîtres, 14 quartiers-maîtres, 140 matelots, 1 clairon, 26 apprentis-matelots, ainsi que 14 employés ou domestiques. Pour ce voyage, le navire embarque 188 passagers libres, dont 12 surveillants militaires ou fonctionnaires de l'Administration pénitentiaire, ceux-ci accompagnés de 5 femmes et 9 enfants, 1 maréchal-des-logis de Gendarmerie qui rejoint son poste "aux colonies", 4 sœurs de l'ordre de Saint-Joseph de Cluny, mais aussi 7 femmes et 23 enfants de condamnés aux travaux forcés qui suivent leur époux ou leur père.
Le 6 avril 1872, le ministère de l'Intérieur fait savoir aux autorités maritimes que 1646 déportés, qui ont épuisé tous leurs moyens de recours, son prêt à être embarqué. Le 10 avril, la guerrière en provenance de Lorient, rejoins la Danaé en rade des trousses ; Les embarquements vont pouvoir commencer. Du 15 au 23 avril, le Fort Boyard et en pleine effervescence : les déportés se mutinent contre les soldats chargés de les garder ils les bombardent de morceaux de pain. Les gardiens embarqués sur les 2 transports sont appelés en renfort. Il semblerait que tous ces incidents soient dus à la mollesse des fonctionnaires de l'administration pénitentiaire ; d'ailleurs, le préfet maritime demande la relève des fautifs et le remplacement du directeur.
Le 27 avril, dès réception du télégramme émanant du ministère de la Marine, une commission médicale est formée pour examiner l'état de santé des candidats au départ. Une première liste de 260 insurgés, 150 de l'île d'Oléron et 110 de saint-martin-de-ré devant embarquer sur la Danaé est dressé et transmis au ministère de la Marine. Malgré l’excédent prévisionnel de 10 individus, le médecin de bord fait des difficultés pour reconnaître les 250 restants comme aptes à effectuer la traversée. Ce ne sera d'ailleurs pas la seule fois que les médecins de la Marine s'opposeront à la commission médicale.
L'administration pénitentiaire est pressée de se débarrasser de ces pensionnaires encombrants et les médecins chargés de les examiner ne prononcent des exceptions que quand ils ne peuvent pas faire autrement. Le directeur du service de santé de Rochefort, président de la commission médicale, dans son rapport du 31 mai, laisse penser que les déportés sont heureux de partir et que le voyage leur fera le plus grand bien. Les causes d'inaptitudes de départ sont diverses et découlent le plus souvent de l'existence que les insurgés ont connu depuis le premier siège de Paris. En effet, si pendant l'hiver 1870-1871, l'investissement de la capitale fut total, il n'en fut pas de même pendant la commune : les versaillais interdisant bien tout ravitaillement à l'ouest et au sud, mais au nord et à l'est les prussiens affichent une neutralité bienveillante avec le secret d'espoir d'affaiblir le gouvernement provisoire : le ravitaillement ne fit pas défaut et il y a eu pas de gosier sec. L'attitude des médecins de la Marine est facile à comprendre ; ils ne tenaient pas à voir embarquer des hommes dont l'état de santé déficient pouvait amener des problèmes à bord. Ceci explique d'ailleurs le peu de décès enregistrés malgré les conditions pénibles de traversée.
Le premier mai, les 110 déportés internés à la citadelle de saint-martin-de-ré, désignés pour le départ, rassemblent leur maigre trousseau et le peu d'affaires personnelles qu'ils ont pu conserver. Les 140 déportés en provenance de l'île d'Oléron devant compléter le convoi embarquerons le 3 mai.
Le 3 mai 1872, Après l'appel, encadré par une escorte de soldats, ils se rendent à l'embarcadère ou un canot de l’Aviso « Le Travailleur » les attends pour les transferts à bord. Depuis 9h du matin l’aviso file vers la rade des Trousses et à partir de 2h de l'après-midi la pluie se met à tomber. Les déportés mouillés et secoués par une mer qui se creuse de plus en plus, abordent la Danaé vers 4h. Ils embarquent par l'intermédiaire du canot qui fait la navette entre l’aviso et la frégate. Pour des terriens cette opération tient de l'acrobatie. Aussitôt arrivés sur le pont, placés dans un carré de filets d'abordages, dans lequel la gueule d'un canon chargé de mitraille est pointé, les prisonniers sont déshabillés et fouillés sans ménagement. Les marins, sabre au clair où pistolet au poing surveillent ces malheureux qui doivent retrouver leurs vêtements jetés pêle-mêle un peu partout. Quoique humiliante pour les vaincus de la commune, cette précaution n'est pas superflue, une révolte en mer est toujours à craindre : d'ailleurs les couteaux et les allumettes sont confisqués. La fouille terminée, le capitaine d'armes fait descendre les déportés dans les batteries où ils sont enfermés dans leurs cages, gardés par des sentinelles dont l'une est de faction à la porte d'entrée près d'un canon chargé et l'autre circule dans la coursive longeant les sabords. ASSI se signale criant « vive la commune », deux jours plus tard, Régère qui attend son tour, dépose une réclamation pour des vêtements manquant au trousseau des partants. Il y aurait beaucoup à dire sur la condition de ces trousseaux, mais ce qui est particulièrement flagrant, c'est le fait que personne n'ait pensé un seul instant que les navires pourraient traverser des zones où la température tomberait au-dessous de 0 degré. Ainsi celui remis aux déportés du Calvados et tiré des surplus de la garde mobile comprendra : 3 chemises, durée 6 mois ; 3 pantalon de toile, duré 6 mois ; 2 blouses, durée un an ; 2 paires de souliers, durer 6 mois ; une vareuse de drap, durée un an ; un pantalon, durée un an ; un képi ; durée un an ; une cravate de l'aine, durée 6 mois ; une ceinture en flanelle, durée 1 an ; 3 mouchoirs durée 6 mois ; une paire de chaussettes non renouvelable ; un tricot de laine non renouvelable ; un hamac avec un petit matelas et une couverture, durée 5 ans ; une paire de draps, distribué en Nouvelle-Calédonie, durée 3 ans ; un chapeau de paille distribué en Nouvelle-Calédonie, durée 3 ans.
Le 5 mai, la Danaé quitte la rade des trousses pour la Nouvelle-Calédonie ; C'est une vieille frégate et elle n'a pas la réputation d'être une « bonne marcheuse » elle se traîne à une vitesse de 4 à 6 nœuds. Son commandant non plus n'est pas de la première jeunesse, il a mené une carrière obscure et la termine péniblement comme capitaine de frégate sur un transport ; une seule chose l'intéresse, ne pas avoir d'histoires. Régère, avant d'embarquer, se fait confisquer tous ces bons du Trésor malgré ses protestations. L'argent et les valeurs que les insurgés avaient en leur possession leur avaient été retirés pour éviter les risques d'évasions et conservés « au bureau des dépôts et des saisies » où les détenus pourraient effectuer des retraits avec l'autorisation de l'administration pénitentiaire.
Rochefort est déjà loin, le vieux bateau roule et tangue en longeant les côtes du Portugal ; les passagers sont malades et la plupart d'entre eux n'ont pas le « pied marin ». La nourriture du bord est celle des matelots. Au début les déportés se sont dégoûtés, mais la faim ignore les finesses de la bonne cuisine, et tous se mettent au lard salé et aux gourganes. Chaque plat à « un responsable » qui au repas procède à la distribution des vivres ; le couvert se limite à une seule cuillère dont le bord a été affûté pour servir aussi de couteaux. Le chef de plat découpe la viande et demande à un déporté désigné pour regarder ailleurs : pour qui ce morceau ? Cette façon de faire a au moins l'avantage d'éviter la jalousie et parfois même les disputes, car toutes les couches sociales sont mélangées et ceux qui hier encore étaient amis qui se battaient côte-à-côte sur les barricades sont aujourd'hui prêts à en venir aux mains pour un morceau de bœuf.
Chaque jour les déportés ont droit à 2 promenades d'une heure sur le pont. Parqués entre les filets, ils peuvent fumer où se déplacer comme ils veulent, cependant, les sentinelles sont toujours en poste et les tiennes à l'œil. Sous la responsabilité du capitaine d'armes, assisté du gardien-chef, les prisonniers sont tenus d'assurer la propreté de leurs cages et de respecter les règles élémentaires de l'hygiène. Tous les matins les ponts sont nettoyer à grand eau et astiqués au Faubert. Le capitaine d’armes passe l'inspection des déportés et sanctionnent ceux qui ont tendance à se négliger.
Le 22 mai, après 17 jours de navigation, la Danaé mouille devant l'île de Gorée au Sénégal : sa vitesse a été de 5 nœuds. Elle fait une escale de 5 jours pour se ravitailler en eau et en viande fraîche. 25 jours plus tard, elle atteint Santa-Catarina au Brésil où elle passe environ une dizaine de jours. Retraversant l'Atlantique en sens inverse, elle arrive à Cape-Town en Afrique du Sud après 27 jours de mer. Elle profite de cette escale pour charbonner, et reste sur rade quelques jours. C'est l'occasion pour le dénommé ASSI de tenter une évasion, après avoir sauté à la mer par un sabord ouvert, il est récupéré et expédié au cachot où il retrouve BAUER, CAPRIANI et MALZIEUX enfermés pour insoumission. Comme ses camarades, Bauer passe 57 jours au cachot les chevilles fixées à la « barre de justice ». Il est libéré après le passage du Cap.
La prochaine destination est le détroit de BASS, entre l'Australie et la Tasmanie. Il faudra parcourir 6000 milles marins, longer le 48e parallèle pendant environ 2600 milles, passé au large des Kerguelen et naviguer pendant 45 jours. Les déportés ont été munis d'un trousseau prévu pour les régions chaudes, beaucoup souffrent du froid au cours de la traversée des mers australes. Enfin 12 jours après le passage du détroit, c'est l'arrivée à Nouméa le 29 septembre 1872 après un voyage de 147 jours.
Elle débarque en Nouvelle-Calédonie 249 déportés, le nommé Voisin étant décédé d'une maladie de poitrine le 22 juillet 1872, pendant l'escale à Simon’ s-Bay à Cap-Town. Le rapport du médecin-major Chauvin fait état de 2 autres décès, sans autre précision
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Passagers arrivés sur la Danaé le 29 septembre 1872 |
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Venant de Rochefort en 147 jours |
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1 |
Capitaine de Frégate |
Riou de Kerprigent |
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Passagers civils et militaires |
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1 |
Lieutenant de vaisseau |
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4 |
Enseigne de vaisseau |
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12 |
Surveillants militaires |
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1 |
Officier d'administration |
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5 |
Femmes de Surveillants |
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1 |
Chirurgien Major |
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Chauvin |
9 |
Enfants de surveillants |
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1 |
Chirurgien |
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1 |
Gendarme Maréchal des logis |
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1 |
Premier maître mécanicien |
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4 |
Sœurs de St Joseph de Cluny |
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1 |
Premier Maître de manœuvre |
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7 |
Femmes de condamnés |
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1 |
Capitaine d'armes |
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23 |
Enfants de condamnés |
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11 |
Seconds Maîtres |
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14 |
Quartiers Maîtres |
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1 |
Clairon |
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26 |
Apprentis Marins |
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14 |
Employés domestiques |
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140 |
Mariniers et marins |
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218 |
Personnes pour l'équipage |
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Origine des dépôts |
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110 |
Saint Martin de ré |
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140 |
Île d'Oléron |
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250 |
Déportés |
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529 |
Passagers équipage compris |
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311 |
Passagers Divers |
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Le 2 novembre 1872, la Danaé quitte Nouméa et, après relâche à Sainte-Hélène du 12 au 18 janvier 1873, arrive à Brest le 3 mars.