La Virginie

Virginie le 11 Aout 1873 et arrivé le 8 décembre 1873

29 hommes condamnés à la déportation en enceinte fortifiée

Matricules 738 à 766

120 hommes condamnés à la déportation simple

Matricules 2.453 à 2.572

7 femme condamnéee à la déportation en enceinte fortifiée

Matricules 1 à 7

13 femmes condamnées à la déportation simple

Matricules 1 à 13

La Virginie fait partie de la classe des Frégates à voiles de 2ème rang, dites "de XXIV", qui était le chiffre désignant en livres le calibre de leur armement principal.

Ce sont des navires de 2300 tonneaux avec un équipage moyen de 470 hommes en version combat, équipage ramené à 200 hommes en version transport.

 Son armement peut aller jusqu'à 52 canons.
La Virginie fut construite par les chantiers navals de Rochefort, sous le nom de Niobé en 1827.

 Ce navire, mesurant 52m80 x 13m40 x 7m05 était sur cales le 26 juin 1827.

Il sera lancé le 25 avril 1842, sera en service à compter du 11 avril 1844, avant d'être rayé des listes en 1881.

Son armement était de 52 canons, puis 4 en version transport.

 

Le Niobé, construit en 1827 par les chantiers de Rochefort est renommé "la Virginie" en 1839. 
En juillet 1844, la Virginie, sous les ordres du contre-amiral Ferdinand Alphonse Hamelin, appareille de Rochefort et, après une escale à Rio, passe le cap Horn pour se rendre dans le Pacifique pour plusieurs années.

Un article de journal signale le navire à Rio-Janeiro en septembre 1844, un autre parle de son séjour dans cette ville, et la frégate est à Valparaiso en novembre.

Hamelin nommé commandant de la station navale du Pacifique le 21 décembre 1844 en remplacement de Dupetit-Thouars découvre Tahiti. On est à cette époque en pleine affaire Pritchard, ex-consul britannique, expulsé le 13 mars 1844 parce qu’il aurait créé une agitation manifeste conte les français.

Arrivant à Tahiti, Hamelin se très vite fit remarquer en donnant une somptueuse réception à bord de la Virginie le 7 janvier 1845. Au cours de cette réception, il annonça à ses invités anglais qu’il était en mission pour restaurer pleinement le protectorat de la France sur Tahiti.

Dans cette optique, le 17 janvier, il refuse que le drapeau britannique soit hissé sur le consulat anglais, cette mission n’étant pas officielle car n’ayant pas reçu l’exequatur. Cet incident scelle la brouille franco-anglaise dans le Pacifique.

Au début de l’été 1845, une inspection de la coque par cloche à plongeur constate une avarie sur bâbord avant, et les réparations de carénage sont effectuées à terre et à bord, du 30 juillet au 9 septembre 1845.

Oscar dit Osmond Romieux (1826-1908), capitaine de frégate et peintre, retrace les travaux dans un manuscrit signé de 17 pages avec croquis, intitulé Abattage en carène de la frégate La Virginie. Il peint également un tableau à la mine de plomb et aquarelle intitulé Environs de Papeete, au loin frégate la Virginie.
En octobre 1845, la frégate est en mer, comme en témoignent un document, daté du 3, et une lettre, datée du 5, adressés au ministre de la Marine, et signés Hamelin, au sujet de la situation politique, et de l’affaire Pritchard (lettre 1, lettre 2, lettre3, lettre 4, lettre 5).

Officiellement, c’est à l’amiral Hamelin, surnommé l’amiral vanille, qu’est attribuée l’introduction de la vanille à Tahiti.

C’est en effet lui qui y apporte en 1848 à bord de la Virginie, les premières lianes de vanille, jusqu’alors cultivée aux Philippines, toutes les espèces du genre vanilla étant originaires d’Amérique centrale (Sud du Mexique, Belize, Guatemala, Honduras).

Il semblerait cependant que la première introduction soit de 1845, selon certains botanistes, mais aucune preuve écrite ne vient corroborer ce fait.
En juin 1847, la Somme venant de Tahiti et en route vers la France, arrive au mouillage en rade de Valparaiso, où elle trouve la Virginie, dont elle prend en charge un élève officier, car il devait passer ses examens en France. Après 4 ans de navigation, c'est le retour à l'île d'Aix, le 2 février 1848.

En 1849, Charles Marie Duperré, futur amiral et préfet maritime de Toulon, sort de l’Ecole Navale et, nommé aspirant, embarque sur la Virginie, et se signalera par sa belle conduite dans l’incendie de Macao, se voyant cité à l’ordre du jour de la division navale française.

Du 20 au 29 mai 1854, on retrouve la Virginie en escale à Kiel avec l'escadre française pour la guerre de Crimée. Fin décembre 1854 à Cherbourg, le chirurgien Jean Barthe (1814-1866) rejoint la Virginie arrivée le 23, et en partance pour la mer de Chine. Elle embarque le contre-amiral Guérin qui doit relever Adolphe Laguerre (1792-1862) au commandement de la division navale de La Réunion et de l’Indochine. C’est François de Robinet de Plas (1809-1888), capitaine de pavillon de Guérin qui avait pris le commandement de la frégate le 23 novembre.

Le navire lève l’ancre le 2 janvier 1855, n’arrivant à Brest que le 8, à cause de vents contraires, où il embarque des prêtres, des religieuses, et 160 hommes d’Infanterie destinés à La Réunion.

Le 15 janvier, c’est le départ de Brest.

Le 26 janvier, escale à Las Palmas, aux Canaries, franchissement de l’équateur le 11 février, puis c’est une escale à Rio de Janeiro du 20 au 28 février.

Le 25 mars, la Virginie mouille à Table Bay devant Le Cap, en Afrique du Sud.

 Le 3 Avril elle appareille de nouveau et double le cap de Bonne Espérance, pour atteindre La Réunion le 26, où elle mouille devant Saint-Denis jusqu’au 15 mai. Après une escale à Port-Louis, à l’île Maurice le 17, et après avoir louvoyé 3 semaines dans le détroit de Malacca, la Virginie jette l’ancre à Singapour le 2 juin.

 Elle en appareille le 26 pour remonter vers la Chine, et mouille en rade de Macao du 6 au 15 juillet, puis à Hong-Kong. Lorsque la frégate reprend la mer, le chirurgien de marine Jean Barthe (1814-1866) l’avait rejoint, et elle arrive à Hakodate, au nord du Japon, le 27 juillet 1855.

Les dernières opérations conjointes des flottes françaises et britanniques contre les russes sur le front extrême-oriental de la guerre de Crimée sont terminées. Ce chirurgien remettra par la suite à l’Académie des Sciences un registre météorologique qu’il a tenu pendant sa mission. Ce registre porte la mention manuscrite : Observations de météorologie faites à bord des frégates La Virginie et La Sibylle pendant les années 1855-56-57, par Mr Barthe, chirurgien major… Il comprend 33 mois d’observations dont 7 mois à bord de la frégate La Virginie, 26 mois à bord de La Sibylle. La Virginie avait mouillé dans la baie d’Hakodate jusqu’au 11 août, et le 10 le chirurgien Barthe avait été transféré sur la Sibylle.

Début octobre 1855 la Virginie se trouve à Nagasaki puis, du 9 octobre au 1er novembre, navigue dans les passes du Yang-Tsé-Kiang et dans l’archipel des Zhoushan.

Le 1er novembre, elle appareille en direction d’Okinawa, qui est en vue dès le 5, et elle jette l’ancre au port Tomari, devant Naha.

 Le 28 novembre la frégate repart en direction de la Chine, et mouille en rade de Macao le 2 décembre.
Le 17 décembre 1855, le contre-amiral Guérin, à bord de la Virginie, signe un traité entre la France et les îles Lieou K'ieou (aujourd’hui archipel japonais de la mer de Chine orientale et appelé Ryūkyū). La frégate se rend ensuite sur les côtes de Mandchourie et de Tartarie, puis fait voile vers la Corée.
Le 16 juillet 1856, la Virginie jette l’ancre dans la baie de Broughton, avant d’explorer les embouchures des fleuves de Corée. Après 3 semaines de séjour à l’embouchure du Yang-Tsé-Kiang, la frégate retourne vers les îles Lieou K'ieou déposer deux missionnaires.

Un article du journal l’Illustration du 19 janvier 1856 en fait la relation, sous le titre Expédition de l’Indochine.

Un deuxième article paru en mars sous le même titre signale la frégate croisant dans l’archipel des Liou-Tchou, objet d’une dispute entre la Chine et le Japon.

Le Rôle des Equipages du navire nous apprend que le 26 avril 1856, en mer de Chine (Chin Hae), la Virginie perd un membre d'équipage, un novice de 2ème classe, du nom de François Berric. Il était originaire de Plougasnou (29), où il était né le 26 novembre 1838, étant fils de Pierre et de Constance Troadec. Le décès est transcrit sur l'état-civil de la commune de naissance le 5 décembre 1856.
En avril 1857, la Virginie mouille à Macao. Au cours du mois, elle porte secours à un navire anglais, comme le montre un article de l’Echo Saumurois.

La frégate est désarmée entre 1859 et 1862. Le 6 janvier 1868, la Virginie sert de ponton à Brest, avant d'être transformée en navire de transport en 1870.
Fin février 1870 la Virginie entre en armement à Cherbourg, en vue d'effectuer un transport de forçats en Nouvelle-Calédonie.
Le 20 mai 1872, la Virginie est armée à Toulon, sous les ordres du capitaine de frégate Launay.

Un article du 18 mai, et un autre article du 22 mai citent le capitaine de frégate V. Barbotin et donnent Rochefort comme lieu d'armement. La frégate est utilisée pour le transport des forçats et déportés en Nouvelle-Calédonie (voir itinéraire page 1, page 2, et carte d'Emile Giffault).

Un article du 25 mai signale que le navire va recevoir des installations pour loger 250 pétroleuses, que l'on envoie dans les établissements pénitenciers de la Nouvelle-Calédonie.

La Virginie doit quitter Toulon le 15 juin, embarquant parmi les passager Mr Gauhtier, nommé directeur de l'Imprimerie nationale nouvellement créée à Nouméa.

Puis il est question du 18 ou 20 juin, et le service religieux à bord sera assuré par l'aumônier de la Marine, l'abbé Moisan.

Le départ a finalement lieu le 19 juin, ayant embarqué 27 pétroleuses et 190 forçats.


Il nous raconte son arrivée à bord de la Virginie : "Notre chaland aborda la Virginie, où nous entrâmes par un étroit bastingage. J'ai dit que l'on nous avait distribué des habits nouveaux. Chacun de nous était vêtu d'une blouse en toile grise, d'un pantalon en laine grise, chaussé de godillots neufs et coiffé d'un immense bonnet en laine marron, qui lui tombait jusqu'au milieu du dos. Devant nous, à l'entrée du bastingage, se tenait debout et immobile le commandant du bord, M. Launay. Au fur et à mesure que nous défilions, il fixait sur chacun de nous un regard froid et pénétrant. A ses côtés se tenait un surveillant qui indiquait de la main aux condamnés l'entrepont où on les faisait descendre.".
L'entrepont de la Virginie était divisé en trois parties. Au milieu il y avait les animaux embarqués pour la nourriture, et de chaque côté il y avait les cages, formées de gros barreaux de fer. Il y avait 94 condamnés de chaque côté, et devant la porte de chaque cage était braqué un canon. D'autres cages plus petites se trouvaient dans le prolongement. Une était destinée à recevoir les femmes, qui étaient 40 dont 38 condamnées de droit commun et 2 condamnées politiques, "elles avaient toutes les cheveux ras, de petits bonnets blancs et une robe de bure grise" et 2 enfants. "Le petit garçon était blond, délicat, un peu maladif, gracieux pourtant. La petite fille était brune, Elle était vêtue de bure, comme sa mère. Elle avait de grands yeux noirs". L'autre cage était pour isoler certains forçats des autres condamnés.
Le contingent des 38 femmes condamnées était constitué, selon un article de L’ Impartial Dauphinois, de 34 femmes destinées à la «colonisation pénale». En réalité, elles sont 25 qui seront débarquées au pénitencier de Bourail, devenu le fameux «couvent», géré par les sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny. Ces femmes étaient des condamnées de droit commun, recrutées dans les maisons centrales de France, et volontaires pour aller s’exiler en Nouvelle-Calédonie, afin de «fournir» des épouses aux hommes ayant obtenu une concession de terre après avoir purgé leur peine. Les candidats pouvaient demander à rencontrer des femmes et ainsi choisir une épouse, ou bien faisaient leur choix lors des sorties des femmes pour laver le linge ou lors des offices religieux. Les rencontres étaient ensuite organisées au moyen d’un «kiosque», sous l’œil vigilant des religieuses.

D'après Simon Mayer, M. Launay avait "les cheveux d'un blond ardent. Il était d'un tempérament sanguin. Il avait les joues très rouges. C'était un homme extrêmement sévère". Le chef de la chiourme était un nommé Nutzbaum, "gros, brun et d'une taille au-dessus de la moyenne, grosses moustaches brunes. Il avait presque toujours la tête à demi baissée, l'arcade sourcilière froncée, l'œil en dessous, le regard circulaire". Le surveillant de 2ème classe Argentier, était préposé aux vivres "était maigre Il avait de longues moustaches de nuance châtain". Il essayait de défendre autant que possible l'intérêt des condamnés. Le surveillant Leblanc était "blond. Il avait une figure sympathique. Il était assez intelligent". Le surveillant Lecomte "louchait. C'était un sergent ne connaissant que la lettre de la consigne".
Le 1er juillet 1872, la Virginie était en face de Gibraltar. Le 12 juillet, à 15h00, le navire jetait l'encre en rade de Gorée, au Sénégal.

Le 9 août l'équateur était franchi à 14h00 et les condamnés eurent droit à une heure pour se divertir dans leur cage. Les condamnés se baptisèrent entre eux et après avoir dansé une farandole, on leur distribua un extrait de baptême. Quelques jours avant d'arriver au Brésil, une tentative d'évasion fut découverte.

Le 29 août la Virginie fait relâche à Sainte Catherine, au Brésil.
Ce même 29 août 1872, naît en mer Georges François Virginie Mourin, fils de Rieul Mourin, 39 ans, cultivateur domicilié à Paris 20ème, et de Sabine Tony, son épouse, âgée de 30 ans, tous deux passagers. Les témoins sont Pierre Hippolite Moiroux, 38 ans, domicilié à Lorient (56), et Gustave Garnier, 33 ans, médecin de 1ère classe, domicilié à Toulon (83). L'acte est transmis au Ministère de la Marine le 25 novembre 1872, par le Commissaire aux Armements de Nouméa, où le navire a fait escale le 24 novembre, veille de la transmission. La frégate devait en principe quitter Nouméa le 20 décembre pour son retour vers le France.
Le 9 décembre 1872, la Virginie quitte Nouméa et est attendue début avril 1873 à Brest, prévue pour effectuer le transfert de Brest à Toulon de marins condamnés, actuellement interné sur l'Hercule qui doit être prochainement supprimé.

Elle fait relâche à Tahiti le 1er février 1873.

La virginie quitte Papeete le 19 février, sous les ordres du capitaine de frégate Launay, avec 194 hommes d'équipage, et ramenant 26 passagers. Parmi ces derniers, il y a Mr Vienot, Mr Feral, Mr Chirois, maréchal des logis de gendarmerie, Mr Legier maître-armurier, 46 sous-officiers et soldats d’artillerie, ainsi la famille Rocolle qui était partie pour Tahiti en 1869, soit Mr. Rocolle, garde d'artillerie, sa femme et 4 enfants. Leur dernière fille, Sylvie Cléonie marie Tahiti Rocolle, née à Papeete le 1er août 1872, meurt en mer le 17 mars 1873 (acte de décès enregistré sous le n° 148 sur le rôle d'équipage, comme passagère, acte signé par Barthélémy Simon Tolla, aide-commissaire, Gabriel Lespinasse de Saune, enseigne de vaisseau, et Paul Fauque de Jonquières).
Elle
 arrive à Brest le 14 juin, et doit être réparée, afin de pouvoir transporter un convoi de déportés.

Début juillet 1873, les enseignes de vaisseau M.-Ch. Hallez et Bonnaud (ce dernier permute presque aussitôt avec son collègue Simon du Hugon) remplacent sur la Virginie leur homologues Deleschamps et de La Cropte de Chantérac. Le lieutenant de vaisseau Nouët, rappelé de congé, embarque.
Le 9 juillet 1873, on annonce le départ de Brest de la frégate, pour se rendre vers le 25 du mois à Toulon, pour y prendre en charge un convoi de forçats pour la Nouvelle-Calédonie.

Un article du 12 juillet modifie l'annonce du 9. En effet la frégate doit maintenant prendre en charge un convoi de 150 déportés internés au fort de Quélern le 30 juillet, puis à Saint-Martin-de-Ré, et 25 femmes détenues à Auberive, et donne les détails de la "manœuvre".

Ce sera le 7ème convoi (voir plus bas). Mi-juillet, le médecin de 1ère classe Desgranges remplace son homologue Garnier. Il est lui-même remplacé par le médecin de 1ère classe Perlié, étant dirigé sur Le Havre pour embarquer sur le trois-mâts le Fénelon, affrété par l'Etat, afin de transporter en Nouvelle-Calédonie des familles de déportés. Fin juillet, l'abbé Paul, aumônier de la Sibylle, passe sur la Virginie.
De retour de Nouvelle-Calédonie à Brest le 24 avril 1874, début mai la Virginie est maintenue sur rade jusqu'à nouvel ordre. Par décision du 6 mai, le capitaine de frégate J.-M.-H. Albigot est nommé commandant du navire à Brest Le médecin de 2ème classe J. Rousseau est remplacé par son homologue Chéreux. Le 20 mai le navire est maintenu en armement.

Le 23 mai, sous les ordres du capitaine de frégate Albigot, la Virginie fait sur rade la visite de son gréement. Elle doit effectuer un nouveau voyage vers la Nouvelle-Calédonie.
Mi-mai 1874, Un conseil d'enquête se réunit à Brest, au sujet de faits qui se seraient produits à bord de la Virginie, lors de son voyage du 19 juin 1872 au 14 juin 1873.

Fin mai, l'aide-commissaire de Boysson, arrivé de Toulon, remplace son homologue Tolla. Les enseignes de vaisseau Gaschard, de la Bretagne, et du Laurent de Montbrun permutent. 
En 1875, la Virginie cesse le transport des forçats et des déportés de la Commune vers la Nouvelle-Calédonie.

 Le 29 mai, le navire est remorqué dans l'arsenal pour quelques réparations, avant d'embarquer ses vivres pour son prochain voyage en Nouvelle-Calédonie. Le lieutenant de vaisseau Allys, faisant déjà partie de l'état-major de la Virginie, est maintenu sur la frégate comme officier de choix du capitaine de frégate Albigot, commandant ce bâtiment, et le lieutenant de vaisseau Moiroux est remplacé par son collègue Moiroux, qui remplira les fonctions de second.

 Le 5 juin, le navire entre au bassin de radoub, et ressort le 10. Le 20 juin son armement est activement poursuivi.

 La frégate est mise en rade le 1er juillet. Embarquent les enseignes de vaisseau de Pampelonne, Tillol et Villegente, en remplacement de leurs homologues A.-A. Hallez, M.-C Hallez et E Simon. L'aide-médecin Mahy remplace son collègue Viton. Ce voyage sera le 10ème convoi.
De retour de ce voyage, la Virginie est remise aux directions le 19 juin 1875.
Le 18 mai 1881, la Virginie est rayée des listes de la flotte, puis sert de magasin de salaisons à Brest de 1882 à 1888.
7ème convoi de déportés.

Le 30 juillet 1873, l'embarquement des déportés du fort de Quélern débute. La Virginie, sous les ordres du commandant Launay, quitte Brest le 5 août 1873, avec à son bord 61 déportés du fort de Quélern.

Le navire met le cap sur l'île d'Aix, où il mouille dans la nuit du 6 au 7 août. Prennent place à bord 88 déportés qui étaient internés à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré le 9 août. 20 femmes qui avaient été détenues à la maison centrale d'Auberive et ont été expédiée à La Rochelle quelques heures avant leur embarquement viennent compléter le "chargement". Il faut noter la présence parmi eux de quelques "figures" de la Commune, tels Henri Rochefort, Henri Messager et Louise Michel (une rue de Saint-Etienne dans la Loire porte son nom), pour un total de 175 condamnés.

Il y a également comme passagers libres 25 femmes ou enfants rejoingnant leur famille.
Henri messager raconte son embarquement et ses premières heures à bord : "C'est à bord de La Comète que nous sommes venus rejoindre la Virginie. Nous avons, grâce à la bonté du commandant de La Comète, qu'à nous louer de cette première étape.

Nous sommes donc depuis hier soir à bord de la Virginie. Ma première impression, en me voyant enfermé avec 75 hommes dans une cage que l'ombre dont elle était entourée me faisait voir plus petite, a été mauvaise. Puis pour débuter, mes chers camarades ont su conserver les hamacs qu'on avait distribué, un pour deux hommes, et mon escouade et moi avons dormi sur le pont. Ce n'est rien d'être serrés les uns contre les autres, ce n'est rien encore de coucher par terre, ce qui est affreux c'est d'être pendant quatre mois en rapport avec des gens grossiers pour la plupart et pour lesquels je n'ai pas de sympathie, mais je me suis imposé de tout supporter et de ne rien dire et je ne faillirai pas à cette règle de conduite. C'est le commandant Launay qui commande la Virginie, des déportés qui l'ont connu sur les pontons me disent qu'il est très affable et que nous n'aurons qu'à nous louer de faire la traversée avec lui. Rochefort a déjà été fort malade, je suis depuis mon arrivée séparé de lui et je le croyais tout d'abord à l'infirmerie, mais il est dans une cage séparée, peut-être pourrais-je le voir quand nous aurons levé l'ancre. Je n'ai pas ma caisse, arrivera-t-elle à temps, je crains que non...".
Une femme allaitait un bébé de 7 mois né en prison. Trois femmes condamnées à des peines de prison ou de réclusion, qui partent comme volontaires pour rejoindre un compagnon ou un mari sont parmi les passagères. Il s'agit de Augustine Marie Hamel, née Brest, concubine d'un nommé Pierre Bayle, condamné aux travaux forcés, de Marie Theron, née Lafond, et de Marie Braun (ou Broun).
Le rapport médical du médecin-major Prosper Alcide Perlié, qui nous donne une idée assez précise des conditions dans laquelle les déportés vont effectuer la traversée, fait état que les "emménagements affectés à tous les déportés sont situés dans la batterie. Ils consistent en quatre compartiments grillés; deux grands, ayant 24 mètres de long et 3 de large, étendus de l'Hopital avant à 8 pieds sur l'arrière du grand mat; deux plus petits ayant 10 mètres de longueur, et partant de l'échelle de commandement pour se terminer à la cloison de l'ancien carré des officiers.
Les deux grandes cages et la petite de babord renferment les hommes. Elles sont suffisamment vastes, à grillages bien espacé, accessibles de tous les bords, à l'extérieur, grâce à une coursive ménagée entre elles et la muraille du batiment; disposition qui rend la surveillance, l'aération, le nettoyage et l'assèchement plus faciles. Les bouteilles sont commodes et disposées de façon à corriger autant que possible les inconvénients qui s'attachent à leur présence.
Dans ces trois compartiments inégaux, les hommes ont été répartis proportionnellement. Ils peuvent s'asseoir, se coucher, se promener sans encombrement.
Le compartiment des femmes situé à tribord arrière est plus petit eu égard à leur nombre, mais encore suffisamment vaste. Pour des raisons de convenance il n'a été grillagé qu'au tiers supérieur de la cloison et ce grillage est recouvert par des panneaux pleins, mobiles, qu'on applique ou qu'on enlève suivant l'heure, la température, les raisons d'un autre ordre. Trois sabords s'ouvrant dans ce compartiment le désavantage que je viens de signaler se trouve insignifiant au point de vue de l'aération.
Ces dispositions réalisent le but qu'on s'est proposé. Elles sont en effet telles que la batterie n'est pas obstruée, qu'elle reçoit l'air et la lumière par ses nombreuses ouvertures restées libres. Quand les sabords sont forcément fermés, quatre larges panneaux reçoivent la brise des ralingues de basse voiles et l'air circule de bout en bout, balayant le méphitisme et l'humidité
Une partie de la cage de tribord, sur l'avant a été affecté au service de l'infirmerie, c'est à dire aux hommes autorisés pour raison de santé à garder leur hamac pendant le jour. Cette disposition a été prise dans le but de faciliter les détails du service de santé et d'éviter l'encombrement des compartiments dans plusieurs points à la fois. Dans le cas d'affections graves ou contagieuses commandant l'isolement des malades, un ou plusieurs lits devaient être montés dans l'Hopital avant resté libre dans cette prévision.
Les femmes ont été traitées dans leur compartiment. On eut avisé pour un cas exceptionnel.
Toutes les femmes ont leur hamac. De plus il existe des couchettes sur le pourtour de leur cage. En rabattant la tablette de devant, on en fait des bancs.
Les hommes sont amatelotés. Ils couchent soit dans le hamac soit sur le plancher de deux jours l'un, mais toujours avec une couverture de laine...".
Deux sœurs de l'ordre de Saint-Joseph embarquent pour la surveillance des déportées, et des surveillants militaires accompagnés de leur famille font aussi partie du voyage, ainsi que le bébé dont nous avons parlé plus haut, et qualifié de chétif par le médecin du bord, et un autre enfant qui accompagnent leur mère en déportation.  
Le 10 août la Virginie quitte l'île d'Aix, remorquée en dehors des pertuis par le Travailleur, pour entamer la grande traversée. Il faut noter un incident, relaté par un article du 23 août, concernant Rochefort, qu'il a fallu isoler pour qu'il ne soit pas lynche par les autres prisonniers.

 Le 12 le navire est dans le golfe de Gascogne. Les déportés peuvent monter sur le pont.

Le lendemain, après une nuit calme, à 5h30 le réveil sonne, les hamacs sont pliés et commence le lavage des batteries. La nourriture semble convenir aux déportés.

 Le 14, la Virginie est toujours dans le golfe de Gascogne et le 15, malgré une allure lente, le cap Finistère est doublé.

Le 16 le temps est magnifique. Cela fait huit jours que les déportés sont à bord.

Le 17, le vent est bon et le navire marche bien. On est à 5 ou 6 jours de Ténérife qui devrait être la première escale.

Le 18, alors que le temps est toujours au beau fixe, la Virginie se trouve par le travers des côtes du Portugal.

 Le 19 à 7h00 du matin, elle mouille en rade de Las Palmas aux Canaries.

Un article du 13 septembre relate cette première partie de traversée.
Les déportés peuvent rêver de liberté, mais ils apprennent que les Canaries sont utilisées par l'Espagne comme colonie de déportation !

Le 21 août, par beau temps, la Virginie reprend la mer. Elle file 8 nœuds. On approche des tropiques car un poisson volant est entré par un des sabords ouverts.

Le 31, la température est de 35° et il y a toujours des poissons volants. Mais c'est le calme plat : la vitesse n'est que d'un demi-nœud. Dans l'après-midi, la vitesse remonte à 6 nœuds. Henri Rochefort a été très malade.
Le 3 septembre, on travers le "pot-au-noir". La mer est mauvaise.

Le 8 dans la soirée, les roches de San Paolo sont en vue, alors que le navire a quitté la France depuis 29 jours.

Le 9 la "ligne" (l'Equateur) est passée et c'est la fête à bord, sauf pour les déportés. Ils entendent des chants et il y a un feu d'artifice.

Le 11 septembre il y a promenade sur le pont, sous la surveillance de 7 factionnaires et 2 gardiens.

Le 13, le navire avance à une bonne allure et le 16, les déportés ont étant tranquilles, ils ont reçu la permission de chanter dans les batteries. Il pleut à verse, et Henri Rochefort est toujours malade.

 Le 21 l'allure est toujours de 8 nœuds. La nourriture est mon bonne, mais Rochefort va mieux. Henri Messager pense à son installation en Nouvelle-Calédonie, à cultiver des légumes et élever des poules.

Le 24, un très mauvais temps fait dériver le navire, mais le 25 c'est le calme plat et les côtes du Brésil sont en vue.

Le 26 septembre, l'ancre est mouillée après que le navire ait été obligé de louvoyer toute la journée pour entrer dans la passe séparant l'île Santa Catarina de la côte.

 La Virginie aura mis 47 jours pour atteindre le Brésil, dont 34 depuis le baie de Las Palmas pendant lesquels Henri Rochefort a été malade. Louise Michel effectuera un croquis sur son album de dessin lors de l'escale de san Catarina.

 Le 27, la Virginie arrive au mouillage. Ce navire transporte un chargement de forçats en provenance de Toulon. Le médecin de bord du navire, le médecin-major Perlier semble être apprécié des déportés.

 Le 29 septembre, Henri Messager reçoit une lettre datée du 13 août. Le commandant Launay autorise les prisonniers à cacheter les lettres qui partiront par un navire anglais. Mais cette mesure ne concerne pas tous les déportés.
Le 9 octobre, la Virginie appareille, le plein en vivres et en eau étant effectué. Il reste 3 600 milles marins avant de doubler le cap de Bonne Espérance, soit environ 23 jours de navigation. Il ne semble pas qu'une escale à Cap Town ait été prévue, au regard de la vitesse du navire et de sa date d'arrivée à Nouméa.

 Après avoir doublé Le Cap, la Virginie navigue entre les 48ème et 50ème parallèles, zone des mers froides. Dans ses souvenirs, Louise Michel parle des haubans et des cordages couverts de glace. Le commandant Launay, l'ayant plusieurs fois vue pieds nus dans sa cage, et de crainte de la vexer, lui fait parvenir une paire de chaussons par l'intermédiaire d'Henri Rochefort. Mais le lendemain, elle est toujours pieds nus, car elle a fait don de ce présent à une autre déportée plus malheureuse qu'elle !
Après 120 jours de traversée, la Virginie entre en rade de Nouméa le 8 décembre 1873. L'état de santé à bord était satisfaisant. Un hébergement particulier a été prévu dans la commune de Bourail par l'Administration Pénitentiaire, pour les femmes condamnées à la déportation en enceinte fortifiée.

Mais Louise Michel et toutes les autres femmes refusent de quitter leurs compagnons d'infortune et menacent de se jeter à la mer si elles n'obtiennent pas satisfaction. Les autorités seront obligées de céder et les femmes embarquées sur la Virginie rejoindront la presqu'île de Ducos comme les autres déportés en enceinte fortifiée.
Il faut noter qu'aucun décès ne fut à déplorer, ni de malade à débarquer sur les 169 déportés qui effectuèrent la "grande traversée" sur la Virginie
.

Le médecin du bord pour ce convoi, 
Prosper Alcide Perlié, est né le 7 février 1833 à Brest (Finistère), fils de Bazile Égalité Perlié et d'Adrienne Jeanne Henault. Son père et son grand-père étaient tous deux capitaines au long-cours. Marié avec Louise Sotholin, ils auront un fils, Félix Jean, qui sera dans l'Infanterie de Marine en 1887. Prosper Alcide Perlié entre dans la Marine en 1853. Il est officier de santé de 3ème classe le 21 mai 1853, promu officier de santé de 2ème classe le 20 mai 1857 au port de Brest. Au 1er janvier 1860, il est en service dans ce même port. Le 1er janvier 1863, il est Chirurgien auxiliaire sur le Borda, École navale en rade de Brest, et le 1er janvier 1864, il est encore en service à Brest. Il est promu officier de santé de 1ère classe le 25 octobre 1867, et est en service à Brest au 1er janvier 1869. Il est fait chevalier de la Légion d'Honneur par décret du 30 décembre 1870, en qualité de médecin-major sur la corvette Dupleix. Il est en service à Brest du 1er janvier 1872 et au 1er janvier 1874, affecté comme médecin-major sur la Virginie convoi de déporté vers la Nouvelle-Calédonie. Le 1, qui assure le 7 janvier 1876, il est de nouveau en service au port de Brest, puis le 1er janvier 1879, il est médecin-major sur le cuirassé Couronne, Il sert à nouveau au port de Brest en 1881, et est promu médecin principal le 1er octobre 1883. Au 1er janvier 1885, il sert sur le cuirassé de croisière Reine-Blanche, en qualité de médecin principal de la Division navale de l'Océan Pacifique, auprès du Contre-amiral Alexandre Franquet, commandant en chef.  Au 1er janvier 1886, il est en résidence à Brest. Il ne figure pas dans les effectifs pour l’année 1892, et décède le 5 décembre 1899 à Brest.

Le 3 janvier 1874, la Virginie quitte Nouméa, et devrait arriver à Brest dans le courant du mois d'avril.

Elle fait relâche à Sainte-Hélène du 5 au 11 mars, et mouille en rade de Brest le 24 avril 1874.

 

 

 

 

 

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