Iphigénie

 

Caractéristiques

Dimensions 53.92 x 14.13 x 6.26 m - Déplacement 2676 tonneaux - Effectif 513 / 554 - Propulsion à voiles

 

Historique

  • 15-11-1827 : appareillage de Toulon pour l'expédition de Morée.
  • 1 à 5-1829 : en baie d'Alger.
  • 9-1-1832 : appareillage de Toulon pour Navarin.
  • 29-12-1833 : de Nauplie à Toulon avec 169 naufragés du Superbe.
  • 1838 : campagne du Mexique.
  • 19-6-1839 au 18-9-1840 : désarmée à Toulon.
  • 1840-1841 : campagne aux Mascareignes.
  • 2-1841 : à Rio.
  • 1844-1850 : navire-école des canonniers de Toulon. Il a alors 50 canons
  • 14 au 16-5-1849 : escale sur rade à Alger.
  • 1-8-1849 : mouille dans le coureau de Groix.
  • 2-8-1849 : Lorient - 30-5 au 1-6-1849 : Lisbonne. 29-6-1849 : à Brest.
  • 1851 : refonte à Toulon.
  • 28-11-1853 : appareillage de France pour Montevideo.
  • 7-1-1854 : à Fort-de-France.
  • 28-2-1854 : échouage sur des coraux - arrive à se déséchouer.
  • 27-6-1854 : épidémie de fièvre jaune à bord - 25 hommes dont 4 officiers à l'hôpital de Fort-de-France - tournée interrompue.
  • 3-7-1854 : l'amiral Duquesne meurt de la fièvre jaune, Mazère le remplace comme commandant.
  • 20-9 au 30-10-1854 : escale à New-York, puis retour vers Brest.
  • 28-11-1854 : arrivée à Brest.
  • 24-4-1862 : appareillage de Brest pour le Mexique.
  • 21-6-1862 : arrivée à Fort-de-France, venant de Brest.
  • 30-7-1862 : arrivée à Vera Cruz venant de Fort-de-France.
  • 7-8-1862 : de Fort-de-France vers la France.
  • 5-9-1862 : arrivée à Brest, venant des Antilles.
  • 5-1863 : rade d'Aix.  - 29-6-1863 : entrée en cale à Brest.

13 -10- 1863, Brest reçoit l'ordre d'aménager le navire pour transporter 250 forçats à la Nouvelle-Calédonie.

  • 23-12-1863 : appareillage de Toulon pour la Nouvelle-Calédonie avec 248 forçats. (CV Guillain)
  • 19-05-1864 : il servira de dépôt aux condamnés pendant la mise en place du pénitencier.
  • 30-09-1864 : pendant 7 mois utilisé comme ponton pour la construction du phare Amédée.
  • 6-04-1865 : retour vers la France
  • 11-1-1867 : appareille de Brest pour Toulon.
  • 24-1-1867 : arrivée à Toulon.
  • 12-2-1867 : appareille de Toulon pour la Nouvelle-Calédonie avec 250 forçats.
  • 2 au 7-12-1867 : escale à Sainte-Hélène, venant de Tahiti et rentrant en France.
  • 11-2-1868 : mouille sur rade de Toulon après une dernière escale à Cagliari.  
  • 1877 : ponton renommé Druide.
  • 1888 : démolition.

 

 

En plus des forçats, L'Iphigénie est également chargée de transporter une compagnie d'infanterie de marine embarquée à Brest, qui comprend 4 officiers et 113 sous-officiers, caporaux et soldats, qui s'ajoutent à l'état-major du capitaine de frégate Bertin : 18 officiers et aspirants encadrant un équipage de 229 officiers mariniers et marins. Il faut ajouter à cette liste les familles des officiers de la compagnie d'infanterie ainsi que le chirurgien de la Marine de 1re classe, Brion. 3 autres chirurgiens et un pharmacien de la marine, un gendarme à cheval et sa famille, tous destinés à servir dans la colonie. Passagers civils : 2 immigrants, 2 sœurs de Saint-Joseph de Cluny et un juge de paix

 

 De plus, les navires pour le Pacifique étant rares, en supplément du matériel destiné au pénitencier, plusieurs tonnes de matériel à destination de la colonie et même de Tahiti sont chargées à bord du bâtiment.

 

 Le médecin du bord Jean-Marie Brion soutiendra à son retour une thèse de médecine intitulée : Relation médicale de la campagne de l'Iphigénie, riche de renseignements et qui ne concerne pas uniquement le point de vue médical. Ainsi, Brion donne le détail des aménagements réalisés dans le logement des condamnés.

 

Les aménagements intérieurs laissent peu à désirer au point de vue de l'hygiène. Les seules modifications apportées aux dispositions ordinaires du navire consistaient en deux compartiments placés de chaque côté de la batterie, fermés par des barreaux de fer espacés de 10 centimètres et offrant ensemble un logement de 120 mètres carrés à peu près de superficie. Cet espace trop restreint n'a été suffisant qu'à la condition de faire coucher la moitié des transportés dans des hamacs et l'autre moitié sur le pont même de la batterie.

Quant à l’équipage, il couchait dans le faux-pont et était composé de 250 hommes. Enfin, Il précise : « Au départ de Toulon et après l’embarquement des condamnés, le 5 janvier 1864, l’effectif total était donc de 663 hommes. »

Chacun des condamnés a reçu : « Trois chemises de toile, deux pantalons et une vareuse de toile, et un bonnet de laine, et une paire de souliers…Tous ces vêtements ont été tenus à bord dans le plus grand état de propreté possible. »

Ce même jour, tous les condamnés ont été « détachés de la chaîne » et embarqués sur l’Iphigénie sous la garde de 14 surveillants, dont 2 sous-adjudants des chiourmes et 12 garde-chiourmes. Ce nombre est conforme aux prescriptions du décret du 22 avril 1854, portant organisation d'un corps militaire pour les établissements pénitentiaires de la Guyane, qui précise en son article 5 : « Le nombre des surveillants est fixé au maximum à cinq pour cent des condamnés. »

 

Les autres passagers de l’Iphigénie

 

Mais la mise en place d'un centre pénitentiaire nécessite la présence d'un personnel administratif et d’agents d’encadrement ; ainsi, aux côtés de deux gardes du génie, Aignan Cherrière et François Reverdy, destinés à diriger les travaux du futur pénitencier.

on trouve : un écrivain de marine, Gustave Lacoste, un commis aux vivres, Amédée Barbe ; deux distributeurs, Alexandre Normand et Antoine Gandeau. Si ces derniers ont été recrutés parmi le personnel de Toulon, le directeur du pénitencier Auguste Dugat, chef d'escadron en retraite, est issu de la gendarmerie et il voyage accompagné de sa femme.

Parmi les passagers embarqués sur l’Iphigénie, il faut noter la présence de deux repris de justice en rupture de ban : Joseph Klein et Charles Armand Nathan, embarqués par les autorités du port à la suite d'une procédure qui soulève bien des contestations de la part du commissaire général de la Marine. En fait, Nathan et Klein avaient adressé deux lettres identiques datées du 1er janvier 1864, et dans lesquelles ils réclamaient, en tant que condamnés libérés soumis à la transportation, « comme une faveur » d'être transportés à la Nouvelle-Calédonie, qu'ils préféraient à la Guyane. Ces demandes par écrit faisaient suite à un échange de courrier entre le ministère de l'intérieur et celui de la Marine. Le premier estimait que « le décret du 8 décembre 1851 ayant été promulgué avant que la France eût pris possession de la Nouvelle-Calédonie, il n'a pu indiquer comme lieux pénitentiaires que l’Algérie et la Guyane › ›.

Il n'y avait donc aucune possibilité d'obliger les repris de justice à y être transportés ; en conséquence, il fallait « que ces derniers demandent eux-mêmes à être envoyés en Nouvelle-Calédonie ». Cette procédure suggérée par l'intérieur a été appliquée dans les cas de Nathan et Klein et ce, malgré l’opposition du ministère de la Marine.

Après l'arrivée de l’Iphigénie, Guillain fait à son tour connaître son opposition dans une longue lettre du 4 juillet 1864, qui révèle également ses priorités en matière de colonisation pénale. Le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie n'hésite pas à écrire à propos de l'opinion du ministre de l'intérieur, le comte Persigny, qu'il l'avait trouvée « plus spécieuse que logique ». 

« Les condamnés en rupture de ban » poursuit Guillain, « qui, dans l'opinion de beaucoup de criminalistes et de magistrats, constituent la pire espèce des condamnés », ne seront pas soumis, en raison de leur statut, à la discipline imposée aux forçats, qui, de plus, n'étant pas, comme les forçats condamnés à plus de 8 ans, obligés de rester dans la colonie, « n'auront donc pas… l'appât d'une réhabilitation dans un nouveau milieu social, ou du moins l'attrait d'une existence incomparablement meilleure » et qui seront donc « impropres au double but que votre Excellence se propose : activer les travaux de la colonie en fournissant des travailleurs gratuits et faire un essai de transportation en Nouvelle-Calédonie. ››

La traversée de Toulon à Port-de-France

 

Le départ du convoi est finalement fixé au 6 janvier 1864. Les derniers passagers rejoignent le bord au dernier moment et Bertin peut écrire au préfet de Toulon : « tous les passagers destinés à la Nouvelle-Calédonie sont embarqués à l’exception de deux émigrants, les nommés Cazalons et Raymond (cultivateurs), » qui ne se sont pas présentés.

 Le convoi quitte donc la rade de Toulon le jour même. Après une escale non prévue à Saint-Vincent aux îles du Cap-Vert que l’Iphigénie quitte le 1er février, puis après avoir « coupé l’Équateur le 10 » et « doublé le Cap de Bonne Espérance le 5 mars », le convoi arrive « à Saint-Denis de la Réunion le 21 du même mois ». Pendant cette escale, Bertin fait parvenir un rapport à Toulon dans lequel il signale le débarquement de plusieurs « malingres » dont un condamné trop faible pour poursuivre le voyage

 : « Le forçat Aubry (François Nicolas) immatriculé sous le n° 15650 dont l’état de santé s’est tellement aggravé ce matin qu’on peut (m’écrit M. le Médecin en chef) le considérer comme en danger de mort reste également à l’hôpital de Saint-Denis. " »

 Pour sa part, Brion signale que ce forçat « est décédé peu de temps après » tout en précisant que :

- Le nommé Aubry, âgé de 43 ans, était atteint depuis très longtemps de bronchite chronique et d’hypertrophie du cœur... ›

 Un second condamné ne devait jamais arriver à destination. Dans sa dépêche du 9 mai 1864, Bertin précise :

 Indépendamment du forçat Aubry (n° 15650) laissé à l’hôpital de Saint-Denis dans un état des plus graves, j’ai perdu à la mer le forçat Ambrosi (n° 14537) mort des suites d’une phtisie pulmonaire.

En fait, Brion rappelle que « le nommé Ambrosí, né en Corse âgé de 18 ans, présentait des symptômes de tuberculisation pulmonaire avancée dès le départ de Toulon, et que par conséquent : « son embarquement est vraiment regrettable. »

 L’l’itinéraire de la campagne, rédigé par Bertin, rend compte de la suite du périple de l’Iphigénie depuis la Réunion :

- Le 1°avril, elle quittait ce mouillage, le 27 elle contournait la Tasmanie dans le sud de laquelle elle observait une aurore australe et mouillait à Port-de-France le 9 mai ayant pénétré dans le récif par la passe de Dumbéa.

On peut également lire dans une lettre datée de Port-de-France, le 9 mai 1864, et annonçant l'arrivée de l’Iphigénie : après une magnifique traversée de 38 jours depuis Saint-Denis et totale de 123 jours depuis Toulon, soit en défalquant les relâches de 108 jours de mer pour un parcours de 5640 lieues.

 

Le séjour de l’Iphigénie en Nouvelle-Calédonie

 

L’Iphigénie demeure près d`un an à la disposition du gouverneur Guillain conformément aux instructions du 31 décembre 1863 : « L'Iphigénie restera jusqu’ à nouvel ordre á la disposition de M. le capitaine de vaisseau Guillain ». Ce dernier l'utilisera comme dépôt de condamnés pendant la mise en place du pénitencier, dont les travaux sont terminés le 30 septembre 1864. À cette date, tous les condamnés sont logés à terre. Dans son mémoire Brion remarque que :

« Les bâtiments en rade souffrent moins que les habitants de la ville de la rareté de I ‘eau douce de bonne qualité ; et l 'Iphigénie a toujours pu se procurer de bonne eau soit à l`ile Nou, à l’aiguade du pénitencier, soit à l’aiguade de la baie de l'Orphelinat (baie des pêcheurs), où quelques travaux de peu d'importance pourraient rendre I ‘eau plus belle et plus abondante. ›

L’Iphigénie sert ensuite de ponton pour la construction du phare Amédée, le manque d'effectifs dont dispose le gouverneur Guillain l’obligeant à utiliser son équipage à de nombreuses tâches. Ces différentes affectations permettent à Brion de conclure sur « ta parfaite salubrité de Ia Nouvelle-Calédonie. ›› Pourtant, note-t-il : « Ces travaux dans la plupart de nos colonies n’auraient pas manqué d'exercer I 'action la plus fâcheuse sur Ia santé des hommes, le nivellement du cimetière surtout » et ce d'autant plus qu'ils ont été effectués en décembre et en janvier en plein été austral. Et Brion de poursuivre : « Il n'y a pas eu de fièvres paludéennes ; pas un seul cas de fièvre intermittente, dont l'origine puisse être attribuée d 'une manière certaine au climat de la Nouvelle-Calédonie.

 Enfin, après un déplacement à Sydney de février à mars 1865, L’Iphigénie quitte définitivement la Nouvelle-Calédonie, le 5 avril suivant.

 

La discipline et l'état sanitaire

 

Ce premier convoi aura également permis aux responsables de la Marine de vérifier deux points très importants pour la suite de la colonisation pénale dans une colonie aussi lointaine de la métropole : la discipline à bord des navires pendant une longue période de mer, ainsi que l'état sanitaire des condamnés.

Sur le premier point, les instructions ministérielles étaient très strictes :

Vous prendrez toutes les mesures que vous jugerez les plus efficaces pour empêcher, surtout sur les rades étrangères, les tentatives d'évasion de condamnés à l'égard desquels je vous recommande de faire exercer la plus grande surveillance ; ou encore plus loin : - Les condamnés devront être de votre part l'objet de la plus grande surveillance et vous prescrire : les mesures les plus sévères pour maintenir l'ordre parmi eux et pour réprimer les actes d'insubordination. »

 Lors du passage à Saint-Vincent, dans sa dépêche du 1°' février 1864, déjà citée. Bertin signale :

 Tout va bien à bord ; l’attitude des condamnés ne laisse rien à désirer, n'ayant depuis le départ que quelques rares punitions à leur infliger, un grand nombre d'entre eux sous l'Intelligente direction de l'aumônier Renouard ont organisé des chœurs qu'ils chantent pendant la messe du dimanche avec un ensemble parfait. ›

Jusqu’à l'arrivée à Port-de-France, les rapports du commandant de l'Iphigénie ne signalent pas d'incidents relatifs à la discipline. Aucune évasion ou tentative d'évasion n'est mentionnée. Il en est de même dans le compte rendu de Brion :

 - Le régime disciplinaire auquel les transportés ont été soumis a toujours été excessivement doux et ne comprenait que des retranchements de vin et de la prison. Jamais aucun châtiment corporel n'a été appliqué... les hommes condamnés sortaient une heure par jour, deux heures dans les pays chauds...

 

Pour les autres forçats, Brion precise

 

On a toujours apporté le plus grand soin à faire séjourner les condamnés sur le pont du navire le plus longtemps possible ; ils montaient par bordées, de manière que chaque condamné passait en moyenne près de quatre heures sur le pont.

L’état sanitaire a toujours donné lieu à des observations, d'ailleurs les instructions de la Marine étaient également très claires à ce propos :

 - Je ne saurais trop vous recommander de faire adopter à bord de l'Iphigénie, dès le début de la campagne, des mesures hygiéniques les plus propres à préserver la santé du personnel embarqué.

À Saint-Vincent, Bertin justifie son escale imprévue en signalant,

  • Quelques cas de scorbut s'étant manifestés depuis le début parmi l’équipage et les passagers.

Puis il rajoute :

 

  •  « Deux varioloïdes observées sur des forçats provenant du bagne de Toulon où existaient plusieurs cas de cette maladie lors de leur embarquement ne se sont heureusement point propagées grâce à l’isolement des malades et aux précautions hygiéniques dont ils ont été immédiatement entourés. » 

Enfin parvenu à destination, il peut conclure :

 

La situation générale, sauf quelques cas de scorbut, n'a jamais cessé d'ailleurs d'être très satisfaisante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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